Lundi 21 avril 2008 1 21 /04 /Avr /2008 18:50


« J’aimerais que tu me ramènes une robe kabyle… »

 

Les désirs de ma Dame étant pour moi des ordres, je demande à mes amis algérois où trouver une vraie robe kabyle. Ils sont unanimes : à Alger je n’aurai rien d’authentique, il faut que j’aille à Tizi.

 


Qu’à cela ne tienne, ils me prêtent une voiture et me voici parti au volant d’une vieille guimbarde sur l’autoroute reliant Alger à Tizi. La route est peu fréquentée et il fait beau. Nous sommes en avril 2001, il n’y a presque plus de massacres ni de barrages de faux policiers – du moins de jour – je roule donc tranquille, admirant le paysage magnifique.

Au bout de quelques dizaines de kilomètres, je suis un peu moins rassuré : j’ai dépassé plusieurs convois de transports de troupes. La sensation se précise quand je dépasse une colonne de blindés légers, puis des camions des unités anti-émeute. Toute l’armée algérienne semble se diriger vers la Kabylie… avec ma chance habituelle, je vais sans doute avoir droit à une fantasia à l’arrivée.

 

Je gare ma voiture à l’entrée de la ville, prenant le temps de la placer en position de départ rapide, et continue à pieds.

Dans Tizi tout est calme : un beau jour de printemps. Je n’ai pas le temps de visiter la ville ; peut-être y a-t-il de vieux quartiers intéressants, mais ceux que je parcours sont composés d’immeubles de béton sans aucun charme. Les rues sont très animées, les gens souriants : très peu de barbus ou de femmes voilées. Les passants s’arrêtent pour me dévisager : le premier touriste depuis bien des années ! Beaucoup me saluent en portant la main à leur cœur. Je baigne dans un flux amical et ne perçois aucun signal de danger, j’y suis pourtant assez sensible.

Seule note discordante, mais de taille, les carrefours gardés par des blindés en conditions de combat, toutes issues bouclées malgré la chaleur, les unités anti-émeutes abritées derrière leurs boucliers transparents organisés « en tortue » un peu partout dans les rues, les sacs de sable et les militaires arme au poing ou bricolant mitrailleuses et mortiers devant les bâtiments publics. Je ne sens pas de poudre, mais ça ne saurait tarder.

Je visite quelques boutiques, à la grande joie des commerçants, qui voient le tourisme renaître en moi : plusieurs m’embrassent, m’offrent le café. Je trouve sans mal la robe qui conviendra.

Je discute avec les commerçants, puis avec les consommateurs à la terrasse d’un café où je m’attarde un peu, personne ne comprend les raisons de ce déploiement de troupes, tout est parfaitement calme. « C’est un exercice » me dit l’un d’eux.

Puis je repars pour à Alger.

 

Les amis m’attendent dans la rue ; quand ils m’aperçoivent, ils hurlent de joie « Allahou Aqbar ! » ; l’une d’eux lance même un youyou !

Je suis un peu étonné par cet accueil : je ne conduis pas mal au point de les inquiéter, et j’ai emprunté des routes plus périlleuses…

Et puis l’explication fuse « C’est la révolution à Tizi, il y a plus de cinq cents morts ! ».

 

Je ne sais pas (personne ne sait) combien il y eut réellement de morts ce jour-là à Tizi, mais j’ai manqué de quelques minutes le déclenchement du printemps kabyle, à moins que ce ne soit lui qui m’ait raté.

Ce n’était pas mon jour : Mektoub !





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Par Alain - Publié dans : Tranches de vie... et de mort
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