Mercredi 15 novembre 2006

«  - Vous n'avez plus vingt ans… Il faut vous surveiller d'un peu plus près !

- Bof ?

- Et votre surcharge pondérale !

- Vous trouvez ?

- Il faudrait passer de 95 à 80, ou mieux à 78 kilos, tout doucement, en un an ! et puis, il faudrait lever un peu le pied : combien travaillez-vous par semaine ?

- Je ne compte pas.

- Vous vous souvenez de votre planning de la semaine dernière ?

(Je compte)- 92 heures !

- Vous avez entendu parler des 35 heures ? »

 

Un peu secoué par ma petite défaillance cardiaque, je suis l'avis de Diaphoirus, du moins pour le poids, car je trouve que mon rythme de travail me convient : quand on aime, on ne compte pas ! Et comme « celui qui veut peut », je perd les dix-sept kilos en un an pile de poissons et légumes à la vapeur (sans sauce !).

Ouf ! Sauvé ! Et non, c'est là que les ennuis commencent vraiment !

 

Car les amis, au vu de mon nouveau format, paniquent et se livrent à des tas d'hypothèses sur mon état de santé : « Ce pauvre Alain… Il n'est plus que l'ombre de lui-même… Un ancien pilier… Il doit déprimer, ou alors, il a quelque chose de grave… ».

Et ils se mettent en tête de me redonner les rondeurs qui, selon eux, conditionnent ma joie de vivre. Ce ne sont qu'invitations à repas fins et festivités, auxquels j'ai le plus grand mal à résister, d'autant que j'apprécie toujours la bonne chère. Celui qui n'a jamais prétendu stoïquement préférer le saumon mal cuit, tout en lorgnant sur les ris de veau aux morilles de ses commensaux ne peut pas comprendre !

 

La lutte pour maintenir mon nouveau poids devient inégale et le curseur de mon pèse-personne repart lentement mais inéluctablement à la hausse, jusqu'à ce que je réagisse en déclinant toute invitation.

Nouveau chœur d'amis consternés par « ma déprime », mais je maintien ma porte close et me réserve aux amis virtuels, beaucoup moins dangereux,  en me répétant tous les matins la prière de Talleyrand :

 

 

« Seigneur, protégez-moi de mes amis,

mes ennemis je m'en charge  »




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Par Alain - Publié dans : Tranches de vie... et de mort
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Dimanche 12 novembre 2006

 


Quand je n'arrive pas à sortir du guêpier,

À écrire une idée en toute certitude,

J'ai depuis fort longtemps une saine habitude :

C'est de l'écrire en vers, en vers de douze pieds.

 

La métrique est aisée : le rythme vient de suite,

Mais la rime parfois donne un sens opposé !

Il faut alors changer l'ordre de l'exposé,

Préciser les notions, s'interdire la fuite.

 

Cet exercice fait de la feuille impassible

Un vrai contradicteur, forçant à progresser,

À changer son affût, mais sans perdre la cible,

 

À viser l'essentiel, à limiter la glose,

Et petit à petit un nouveau plan dresser.

Et je n'ai plus après qu'à tout remettre en prose…

 

 

 

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Par Alain - Publié dans : Vers et quasi poésies
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Vendredi 10 novembre 2006


Les responsables de l'informatique enjolivent la réalité et me suivent pas à pas, pour que tous mes interlocuteurs en fassent de même. J'ai « oublié » de leur dire que j'avais été ingénieur système avant qu'ils sachent même ce qu'est un mainframe, et je vois bien qu'ils comptent me mener en bateau.

Si je veux conduire mon audit à bien, il faut que je puisse parler avec le personnel hors de leur présence, mais comment me débarrasser d'eux sans créer d'incident ? Il faudrait qu'ils renoncent de leur propre chef… L'idée vient alors, toute simple : ces brillants informaticiens de salon oseront-ils me suivre en zone de guerre ?

 

Je les ai bien jaugés : le lendemain, ils sont sincèrement désolés de ne pas pouvoir m'accompagner à Tyr, mais ils ont tous des réunions très importantes à Beyrouth. Le voyage est sans problème. De Saïda à Tyr, la route est bombardée toutes les vingt minutes, cela laisse une marge de deux minutes, suffisante sauf accident ou dérèglement des chronomètres adverses.

Arrivé à destination, je commence mes entretiens et commence enfin apprécier l'efficacité réelle (et limitée) du système informatique.

 

On me présente une employée de noir vêtue. Son visage très régulier est beau, même si le voile qui l'encadre étroitement ne laisse rien deviner des cheveux ; la robe balaye le sol et efface toute forme ; les mains sont gantées. Je la salue en posant ma main droite au-dessus de mon cœur, puisque sa pratique religieuse lui interdit de toucher un homme… ce qui ne l'empêche pas d'être très efficace dans son travail.

Nous commençons à échanger, quand l'unique sirène encore en service dans la ville retentit, accompagnée de quelques explosions trop proches. Nous plongeons sous le bureau, abri dérisoire contre un coup direct, mais efficace contre les éclats de verre, en veillant à rester à distance respectueuse : le propre de la culture est d'être plus forte que l'instinct de survie.

Mais dans ce mouvement la robe bouge un peu, et j'entrevois une cheville parée d'une socquette aux couleurs éclatantes : son acte de résistance !

 

J'ai eu du mal à réprimer mon rire : je n'aurais pu en avouer la cause, et les témoins auraient cru que « l'expert » n'avait pas supporté la pression ! Mais cette vision fugitive reste mon gage de bonheur :

 

La liberté viendra des femmes !





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Par Alain - Publié dans : Tranches de vie... et de mort
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Mardi 10 octobre 2006


Le visage est intact, et la main qui l'a dérisoirement protégé...

Peu de monde dans cette rue où tous rasaient les murs ; une femme âgée devant moi. De temps en temps, au loin, au près, le bruit sourd d'une explosion ou la stridence d'un avion au ras des toits.

Un camion passe très vite... Trop vite : il va rater le prochain virage. Est-ce son chargement de bouteilles de gaz qui m'alerte ? Je m'enfonce dans l'encoignure d'une porte et entends le déchirement des tôles quand il s'encastre dans un porche à quelques dizaines de mètres, et puis l'explosion avec un mur de feu qui passe devant moi, et puis le silence absolu...

Pas une égratignure, pas un cheveu roussi, juste assourdi : la baraka ! Pour moi du moins, pas pour les autres passants...

La vieille femme à terre m'appelle du regard. Je m'agenouille et prend sa main. Je l'accompagne de tout l'amour dont je suis encore capable, dans les trente dernières secondes avant son éternité. Les sirènes des secours me parviennent faiblement, et quand sa main se relâche définitivement, je m'éclipse pour aller vomir... seul pour longtemps.




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Par Alain - Publié dans : Tranches de vie... et de mort
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